Smartflix : Netflix sans frontières

Source photo : Capture d’écran personnelle

 

Le visionnage de séries fait aujourd’hui partie du quotidien de nombre de personnes, jeunes ou moins jeunes, et de manière tendant parfois quasiment à l’addiction. Reflet des sociétés d’hier et d’aujourd’hui, elles peuvent être réalistes, humoristiques ou même permettre au spectateur de pénétrer dans des sphères inconnues du grand public. Si les raisons de leur succès ne sont pas nouvelles, ce dernier a cependant sans doute été renforcé ces dernières années par l’avènement de Netflix, plateforme en ligne proposant des séries télévisées et des films.

Netflix, c’est quoi ?

Netflix est une entreprise américaine créée en 1997 par les entrepreneurs Reed Hastings et Marc Randolph, proposant des films et séries télévisées en streaming, sur la base d’un abonnement mensuel, et compatible sur de multiples appareils (consoles, télévisions, décodeurs, smartphones, tablettes, etc). L’entreprise est implantée dans pas moins de 190 pays (à l’exception notable de la Chine, de la Syrie ou de la Corée du Nord), et comptait, en décembre 2015, 70.84 millions d’abonnés dans le monde.

Pour proposer à ses usagers des catalogues aussi proches de leurs attentes que possible, Netflix doit cependant s’engager dans des négociations avec les distributeurs locaux pour obtenir les droits de diffusion des programmes et le renouvellement des licences de ces derniers, ce qui explique en partie les différences existant entre les catalogues de chaque pays, selon les législations en vigueur, les diffuseurs détenant ou non les droits de diffusion de tels programmes, etc (on pense notamment au récent exemple de la série américaine House of Cards).

Smartflix et les proxys

Pour tenter de parer ces blocages géographiques qui ne sont pas forcément adaptés aux envies des usagers, le logiciel Smartflix utilise le système des proxys, qui permettent de détourner ces entraves. Le logiciel fonctionne comme un moteur de recherche permettant de regrouper les catalogues Netflix du monde entier grâce à l’exploitation des proxys. Les utilisateurs peuvent accéder à ce catalogue renforcé grâce à leurs identifiants Netflix.

Si Smartflix évolue dans une « zone grise » juridique, Netflix semble cependant pour le moment tolérer ce logiciel, se concentrant plutôt sur l’élaboration d’une « offre universelle » afin d’éviter à l’avenir l’utilisation de ce type de programme.

Quel avenir pour les distributeurs ?

Si Smartflix bénéficie d’une certaine popularité auprès des utilisateurs (8000 utilisateurs par semaine selon les webmasters), c’est avant tout car il répond de manière plus adaptée aux besoins des utilisateurs de Netflix, habitués à une immédiateté à l’accès des contenus et non à une restriction de ces derniers pour des motifs commerciaux ou géographiques.

Le web et les pratiques de téléchargement ont en effet bouleversé nos pratiques de consommation des contenus télévisuels, et plus généralement, culturels. Smartflix représente un exemple concret de cette évolution : face à Netflix, qui doit mener des négociations avec les acteurs des industries culturelles et se trouve donc parfois dans l’impossibilité de satisfaire les souhaits de ses utilisateurs, le logiciel correspond à la réalité quotidienne de ces derniers, confrontés aux possibilités infinies offertes par internet et les plateformes de téléchargement illégales qui offrent les épisodes des séries bien souvent seulement quelques heures après leur diffusion à la télévision (là où Netflix peut mettre une année à acquérir les droits de diffusion pour la nouvelle saison d’une série).

L’exemple de Netflix/Smartflix peut ainsi mener au questionnement sur l’avenir des droits d’auteur et autres copyrights qui, s’ils gardent toute leur légitimité du point de vue des créateurs, sont pourtant de moins en moins adapté aux usages culturels des publics. L’adoption du Rapport Reda au Parlement Européen en juin 2015 va cependant dans le sens du public, preuve d’une prise de conscience des autorités face au problème (à noter, la question des blocages géographiques au sein de l’UE est également saisie).

Une évolution des pratiques de visionnage de l’audiovisuel

L’arrivée d’internet et des nouvelles technologies numériques, depuis le milieu des années 1990, a bouleversé en profondeur notre rapport temporel aux contenus télévisuels (Beuscart, Beauvisage, Maillard, 2012). La dimension communautaire de la télévision (rassembler des individus en même temps, devant un même programme) et sa capacité à créer du lien social (dans les conversations quotidiennes par exemple) ont en effet beaucoup perdu de leur force depuis l’avènement d’une offre de plus en plus étendue (nouvelles techniques de diffusion, mesures d’audience, nouvelles chaînes). On est donc passé de « la télévision de la rareté à la télévision de l’abondance » (John Ellis, Seeing Things : Television in the Age of Uncertainty, 2000).

Aujourd’hui, de multiples possibilités sont ainsi disponibles pour ne rater aucun épisode d’un feuilleton télévisé, d’un documentaire ou de tous types de programmes en général : enregistrement, streaming, méthodes de catch-up sur les sites de replay des chaînes, etc. On pourrait donc penser à une individualisation croissante des pratiques audiovisuelles, et notamment chez les jeunes, les plus concernés car nés et ayant grandi aux côtés des nouvelles technologies.

Pourtant, le visionnage de séries télévisées, notamment à partir de Netflix mais aussi par les canaux de téléchargement sur le net (partage de pair à pair, sites de streaming), tendent à démentir les théories d’un isolement grandissant des téléspectateurs (Combes, 2011).

Si elles semblent plus adaptées au rythme personnel et aux envies de chacun, ce qui favorise parfois un suivi individualisé des programmes (notamment à cause du décalage des dates de diffusion entre les télévisions américaines et européennes), les séries sont cependant à l’origine de création de communautés mondiales de fans sur le net. Ces dernières, basées sur des forums, des sites web ou des groupes sur les réseaux sociaux, constituent de véritables plateformes d’échange pour les internautes (partage d’impressions, d’émotions suscitées par les épisodes, élaboration d’interprétations, etc), produisant donc une réelle appropriation de ces contenus culturels par leurs usagers. Si leur consommation est le plus souvent individuelle, c’est dans l’expression des impressions en ligne que les séries créent le lien social que l’on pensait révolu à la télévision. On peut donc constater une réelle complémentarité des deux médias télévision et internet, les contenus produits par et pour la première étant valorisés par l’intermédiaire du second.

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Une réflexion sur “Smartflix : Netflix sans frontières

  1. Élargissez un peu la réflexion aux modalités de consommation des contenus télévisuels, pour ne pas être réduit à seulement dédoubler les articles existant sur le sujet.
    Adoptez un point de vue (par exemple le vôtre, en tant qu’utilisateur de Netflix ?)…

    J'aime

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