L’économie collaborative a t-elle besoin du Web pour exister ?

 

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Que ce soit pour se loger, voyager, covoiturer, bricoler, renouveler sa garde-robe, apprendre à cuisiner, apprendre une langue, financer un projet, l’économie collaborative se développe et, avec elle, l’économie de partage.          

Mais le partage, est-ce vraiment une « mode numérique » ?        

L’ECONOMIE COLLABORATIVE, CA VOUS ÉVOQUE QUOI ? 

On définit généralement – et assez  scolairement – l’économie collaborative comme une organisation de citoyens en réseaux/communautés. Aujourd’hui, à l’ère des réseaux sociaux, on est amenés à penser qu’un réseau, c’est forcément du ressort d’Internet et d’applications en tout genre. On pense au covoiturage et à son géant Blablacar, à la location de logements entre particuliers dominée par Airbnb, et enfin – peut être encore plus à tort – à Uber, qui a fait parler de lui ces derniers mois en France mais dont le développement économique n’est pas si récent.

Les spécialistes s’étant intéressés à l’économie collaborative parlent également d’une nouvelle forme d’organisation du travail, qui repose sur la mutualisation des biens : l’usage devient plus important que la possession. Exemple simple de la vie quotidienne, avoir besoin d’une perceuse ne nécessite pas d’en posséder une ! Autant que posséder une perceuse et la laisser au placard n’est pas rentable..

Ici, l’on voit déjà des nuances apparaître : louer une perceuse, ça relève à la fois de l’économie de partage et de la consommation collaborative. Des consommateurs utilisent un bien à plusieurs, réduisant ainsi la consommation globale  : ils vont alors à l’encontre du système traditionnel (poussant à l’achat individuel) et pratiquent, parfois sans le savoir, ce qu’on appelle « consommation collaborative ».  Mais, dans le même temps, il y a un transfert d’argent, l’acheteur de la perceuse amortit alors son achat, rendant payant l’utilisation de son objet.

Finalement, l’économie collaborative, ce n’est ni simple ni totalement nouveau.

 

 

LE NUMÉRIQUE, MEDIUM DE L’ESSOR DE L’ECONOMIE DE PARTAGE … 

Au milieu de tous ces termes économiques et nuances entre consommation collaborative, économie collaborative ou de partage, en anglais share economy, peer-to-peer, collaborative economy, comment faire la part des choses et s’y retrouver ?

En réalité, beaucoup de pratiques liées à cette nouvelle forme économique – car s’il est au moins une chose certaine, c’est que c’en est une – existaient déjà avant l’émergence d’Internet et des réseaux sociaux. Certaines peuvent même être présentes dans plusieurs catégories désignées par ces « buzzword », comme les nomme Bertrand Duperrin, qui livre  une réflexion critique de l’économie collaborative sur Internet.

Il est indéniable qu’Internet a offert une incroyable opportunité au partage de services et de biens : les réseaux se forment plus rapidement et plus efficacement, le bouche à oreille est déshumanisé, devenant message privé, partage, commentaire, avis … le paiement est quant à lui, dans bien des cas, dématérialisé. La mise en relation des personnes s’en voit accélérée, et la productivité est donc plus importante qu’à l’époque des petites annonces dans le journal ou chez l’épicier du quartier.

Le numérique a aussi modifié les comportements sociaux, avec lui les crises économique et environnementale ont aussi participé à une défiance de plus en plus importante envers les acteurs économiques traditionnels.

 Pour raisons financières ou par éthique, les consommateurs sont de plus en plus nombreux à se sentir « consomm’acteurs ». Si pour la plupart, la consommation collaborative reste ponctuelle et ne concerne qu’une faible partie de leurs achats, certains y voient un mode de vie, parfois même un mode de contestation ! (déjà vu: des usagers réguliers de la SNCF ayant décidé de boycotter purement et simplement le train au profit du covoiturage, et justifiant leur choix par une trop grande variation des prix du billet et un manque de transparence). Pas sûr que les plateformes de covoiturage fassent couler le monopole des transports publics ferroviaires, mais il est certain que les consommateurs prennent progressivement conscience qu’ils sont les principaux acteurs de l’économie.

Et cette économie, c’est justement leur vie quotidienne.

Car consommer est devenu un acte de tous les jours, l’économie collaborative s’est infiltrée dans toutes les strates de la consommation, et aussi, dans tous les smartphones. Il n’y a qu’à voir le nombre d’applications existant, accessibles à tous.

Le transport et la location de logements sont en tête des besoins courants qu’Internet a réussi à faciliter. Mais avec eux, le mode de vie « share econonomy » s’élargit à mesure que les réseaux s’étendent. Il se retrouve jusque dans nos assiettes !

Exemple : les AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) lient économie collaborative et alternative biologique. Une AMAP met en relation un groupe de consommateurs et un producteur, afin que toutes les denrées produites soient distribuées. Dans ce domaine, de nombreuses applications promeuvent aussi la lutte contre le gaspillage en proposant le don de restes, utilisant la géolocalisation, le partage de repas à domicile entre inconnus, la vente de repas cuisinés « maison » par des particuliers. 

En bref, malgré une dématérialisation et une déshumanisation des échanges , l’économie collaborative semble tout de même valoriser un retour à des valeurs de partage plutôt traditionnelles, et fonctionne bel et bien parce qu’elle facilite la vie quotidienne.

On peut dire que la question de l’économie de partage dans l’utilisation d’Internet entre dans une réflexion beaucoup plus vaste, qui est celle du rapport entre sociabilisation et usage des réseaux numériques de communication. Dans bien des cas, et contrairement aux idées reçues, Internet rapproche les personnes.

UNE ECONOMIE DU NUMÉRIQUE, MAIS PAS SEULEMENT  ! 

S’il est bien un médium du partage, Internet n’est pas pour autant à l’origine de ces formes d’économie et n’a rien inventé. D’ailleurs, le troc est une forme très primitive de l’économie et du commerce. Finalement, Internet entraîne un paradoxe dans les échanges commerciaux : en rapprochant les individus entre eux, il les fait revenir à d’anciennes pratiques d’échange. Et, on ne parle pas ici de la paire de chaussures achetée à l’autre bout du monde et arrivant par avion, mais bel et bien d’une forme de commerce souvent locale, parfois écologique, et la plupart du temps rudimentaire (pratiquer le couchsurfing, c’est gratuit, et ça rapproche les cultures !).

Bertrand Duperrin parle d’un « business model de l’internet », terme utilisé par bon nombre de personnes, selon lui à outrance, pour désigner ce qu’ils considèrent comme une économie 100 % numérique. Mais la nouveauté n’est-elle pas plutôt dans le médium plutôt que dans le message ?

Il suffit de jeter un œil au marché de l’occasion pour se rendre compte qu’il ne date pas d’hier, ni d’une « ère Internet » qui aurait tout inventé.  Rappelons nous qu’avant l’an 2000, les petites annonces circulaient dans des journaux spécialisés (depuis, beaucoup ont dû mettre la clé sous la porte..). Et il y avait bien sûr, à l’époque, des propositions d’échanges de services et de savoir-faire. On l’oublierait presque !

Internet n’a pas inventé le partage, il l’a formalisé et donc facilité.

D’ailleurs, certains surfent sur cette tendance pour réhabiliter de vieilles pratiques. D’autres en font un argument marketing puissant. C’est ce que dénonce Michel Bauwens dans cet article. Il estime qu’Uber et Airbnb, contrôlés par des actionnaires américains, n’ont rien de l’économie de partage, ou « pair-à-pair » : ils n’offrent pas une possibilité de redistribution des bénéfices directement aux citoyens engagés dans ce type d’économie. Il semble même qu’il ne soit pas le seul à penser que le terme d’économie collaborative relève d’une tendance qui permet aux géants Uber et  Airbnb – par exemple – de cibler une catégorie de la population composée de consommateurs à qui on donne l’illusion de participer activement à un marché fleurissant.

Au delà de considérations économiques, il est d’usage de se demander : Internet est- il un monopole du peuple ?

 

SOURCES :

Articles :

Economie collaborative et du partage : abus de buzzword ?

Michel Bauwens : « Uber et Airbnb n’ont rien à voir avec l’économie de partage »

Economie collaborative: 25 applications pour smartphone à tester

Pour aller plus loin :

 

 

 

 

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