Réseaux sociaux et journalisme citoyen

« La génération 2.0 », « la génération Y »… Les jeunes nés entre les années 80 et 2000 sont souvent au cœur de critiques. Ils passent trop de temps accrochés à leurs téléphones, à leurs ordinateurs… Aux yeux des « adultes », ils se désintéressent du vrai monde. Et pourtant…

 

 

6 mars 2016. Le jeune vit avec son téléphone. Il se lève et consulte les réseaux sociaux. Oui, il poste et like des photos, se plaint de sa journée en un tweet, ou rebloggue la dernière photo sortie. Autour de ses réseaux sociaux, il utilise un nouvel vocabulaire (hashtag, update, repost, snapper) que la génération précédente ne connait ou ne comprend pas. Au-delà de l’amusement, toute cette technologie de pointe lui permet aussi d’apprendre les nouvelles du monde entier. Avec le 2.0, l’information est consommée aussitôt qu’elle est publiée, et de n’importe où dans le monde. Mais ce n’est pas tout ; grâce à ces réseaux, le jeune n’est plus seulement récepteur de l’information, il se métamorphose en émetteur.

 

Journalisme participatif, journalisme amateur ou journalisme citoyen en version française, participatory journalism, grassroots journalism, citizen journalism, en version originale, toutes ces expressions ont fait florès dans les années 2000. Elles tendent à désigner un même phénomène au final : l’intervention de non-professionnels dans la production et la diffusion d’informations d’actualité. Si une telle définition peut convenir, dans l’absolu, à tous les types de supports médiatiques (presse, radio, télévision), force est de constater que l’emploi des expressions précitées a été contemporain du développement de l’Internet. Plus précisément, l’idée même d’un journalisme participatif a véritablement pris son essor avec la vogue autour du Web 2.0

Frank Rebillard – E-dossier de l’Ina

 

Depuis le début des années 2000, on assiste au développement d’un internet plus interactif. On est entré dans une phase qu’on pourrait appeler le « web social ». On constate l’explosion du nombre de blogs, ainsi que l’utilisation massive des réseaux sociaux qui permettent aux utilisateurs de partager leurs avis. Bien sûr, les médias traditionnels font également partie du voyage puisque pour la majorité, ils ont investi le secteur internet en proposant des modèles Freemium. Dès la création du journalisme web, la dynamique change – alors qu’on a l’habitude de ne lire que des professionnels dans la presse papier, il y a plus de place pour les non-professionnels sur le net. C’est à partir de ce moment que l’on parle du développement du journalisme participatif.

L’exemple phare de ce mouvement reste le site sud-coréen OhMyNews.

Ohmynews_logoEn effet, c’est le premier site géré par des journalistes professionnels mais qui permet la contribution de non-professionnel. On peut parler de nouvelle forme de journalisme – qui reste tout de même éditée par les professionnels. En se rendant sur la page Wikipédia lui étant dédié, on apprend que seulement 20% du contenu est rédigé par des journalistes.

Malgré des avancées qu’on ne peut pas ignorer, plus on avance dans le temps, plus les médias sont critiqués par la population mondiale. Bien sûr, il existe différents avis et pour certains, les médias traditionnels restent fiables. Pourtant beaucoup dénoncent par exemple le manque d’objectivité du journaliste. En tant que lecteur, on attend un travail précis, sans prise de position et vrai. Cette attente est d’ailleurs renforcée par l’article 3 de la Charte de Déontologie de Munich.

 

Publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent ; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents

 

Les journalistes sont souvent accusés de ne pas prendre de risques, et de se complaire dans le registre qui plaira aux rédacteurs, ou aux même politiques. On retrouve cette idée de proximité politique avec le journaliste Daniel Penny (Le Monde) :

 

 « Deux reporters ont récemment été recrutés par des élues. Ces transferts rappellent que la frontière entre médias et politique n’a jamais été imperméable »

 

De nos jours, les consommateurs de l’information sont également conscients du fait que les médias sélectionnent les informations qu’ils diffusent. En fonction du média, un même fait peut ne pas être mis en avant de la même façon.

Le problème s’est de nouveau posé il y a quelque temps aux Etats-Unis. Depuis les émeutes raciales à Ferguson en 2014, les minorités afro-américaines affirment que les médias américains passent un certain nombre d’informations sous silence. Afin de combattre ce phénomène, beaucoup passent par Tumblr, Twitter ou encore Facebook pour informer le reste de la population.

 

C’est une tendance qui a gagné le monde de l’information; pratique notamment encouragée par certains médias. Lorsqu’une grande crise, ou un événement majeur a lieu, les chaines demandent des témoignages ou vidéos à des citoyens lambda. On retrouve cette démarche sur BFM TV, ou encore sur CNN. Le citoyen est au cœur de ce dispositif, et il aide à sa façon à la couverture des événements.

Il existe une distinction importante à faire entre journalisme citoyen actif, et contributif. Certains endossent le rôle des médias et des journalistes – ils se basent sur les mêmes faits que les journalistes et en tirent des articles. Que ces derniers soient objectifs ou non, il y a un travail qu’on ne peut pas ignorer. Outre les articles, certains médias endossent la responsabilité de demande de chroniques; c’est le cas du Monde. Dans un article des Inrocks datant de 2008, le journal encourage ses lecteurs à participer à des chroniques dont il décide les sujets.

 

Je pense que le journalisme citoyen peut être une bonne chose. En fonction de la position de celui qui l’écrit, il peut apporter un éclairage sur l’information qu’un journaliste professionnel ne serait pas en mesure de délivrer. Le principal problème que je vois dans cette pratique vient surtout du fait que certains se contentent de reprendre les informations apportées par les médias traditionnels – en cela, on ne peut pas réellement parler de « journalisme citoyen » ou « participatif ». Le fait de copier/coller une information n’apporte rien. On entre dans le participatif dès lors que celui qui écrit à un rôle d’analyses différents de ce qu’on trouve partout ailleurs. Alors que le journaliste professionnel se doit d’être neutre, et donc de ne pas apporter son avis personnel, le citoyen participatif peut voir son jugement obscurci par une situation personnelle. Dernièrement, il m’est arrivé de lire des articles de personnes noire-américaines qui avaient une position très forte quant aux forces de l’ordre – et bien que ce soit compréhensible, les mots utilisés n’étaient pas toujours justifiés puisqu’ils répondaient à un problème de violence policière d’une partie seulement des forces. Selon moi, nous sommes à l’ère de l’explosion du journalisme citoyen. Bien que nous ayons tous une voix, le journalisme est un métier à part entière, et je ne sais pas si toutes les règles sont bien respectées.

 

 

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Une réflexion sur “Réseaux sociaux et journalisme citoyen

  1. Tout reste à faire dans ce billet, à savoir démontrer que l’utilisateur des RSN peut jour un rôle d’émetteur.
    Attention à ne pas être trop naïf sur cette question. Beaucoup d’internautes se contentent de relayer et beaucoup d’infos continuent de transiter par les médias traditionnels.

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