Vers la fin du chômage de masse?

Et si l’inquiétante courbe du chômage français pouvait être redressée par la simple application d’une formule mathématiques ? Il s’agit, en tout cas, de la théorie conçue par Paul Duan, 23 ans, et véritable petit génie des chiffres à l’esprit philanthrope. 

Le jeune homme, issu de la banlieue ouest parisienne, est aujourd’hui à la tête de Bayes Impact, une star-up sans but lucratif basée dans la Silicon Valley, financée par des dons et des fondations. Sur le moyen terme, son projet devrait être capable de « réduire le taux de chômage de 10% et faire économiser à l’Etat plusieurs milliards d’euros par an », lançait l’entrepreneur à l’excellent magazine Society il y a quelques semaines. Plus clairement, sa plateforme web centraliserait toutes les informations et modules liés au marché du travail afin de proposer la meilleure solution à entreprendre pour le salarié ou le dirigeant. Il faut dire que la France, avec 300 000 à 450 000 emplois non pourvus, demeure la cible parfaite où cette science des données ferait mouche.

Sur son site officiel, Bayes Impact se présente tel un « groupe de scientifiques, d’ingénieurs et d’universitaires, persuadé que l’utilisation de la science des données puisse être la solution pour résoudre les problèmes les plus ambitieux de ce monde. » Parmi les investisseurs permettant l’expansion de l’association, bon nombre de figures prépondérantes de la baie de San Francisco : Microsoft, LinkedIn ainsi que la fondation développée par Bill Gates et sa femme, Melinda. Tous ces financements n’ont qu’un but : donner l’opportunité à Paul Duan de se construire une équipe composée des meilleurs spécialistes. Ou d’utopiques, selon le natif de Trappes. « Nous sommes un clan d’idéalistes, consacrant nos vies pour l’élaboration de solutions opérationnelles, capables de répondre aux problèmes sociaux  par la production de logiciels destinés aux gouvernements et aux organismes à but non lucratif. »

L’interface du site internet devrait être facilement compréhensible : l’utilisateur n’a qu’à remplir son profil avec ses données personnelles. D’un autre côté, le site glane, répertorie et analyse toutes les données que le marché du travail peut lui fournir (emplois disponibles mais non occupés, les compétences requises, la typologie des métiers, les formations adéquates, les CV des demandeurs d’emploi…). Tous ces renseignements sont croisés dans un seul but : offrir au chômeur de plus grandes probabilités de trouver du travail dans sa branche, ou, si besoin, les formations appropriées pour l’emploi visé.

L’algorithme imaginé par Paul Duan reste sensiblement le même que celui permettant à Google de soumettre des résultats précis lors d’une recherche, ou à Uber d’envoyer la voiture la plus proche à ses clients. L’objectif du banlieusard expatrié en Californie est d’arriver à convaincre Pôle Emploi et le gouvernement d’appliquer ses formules mathématiques dans la machine administrative de l’Hexagone. L’idée serait même de travailler avec l’établissement public chargé de l’emploi, si ce n’est de faciliter sa tâche. Pour cela, son inventeur possède un argument implacable : sa plateforme serait gratuite et en libre service, à disposition de tout un chacun.

Il y a une dizaine d’années, l’Allemagne avait mis en place un plan similaire au niveau national, avec néanmoins un algorithme moins poussé. Le résultat ne s’est pas fait attendre, puisque le gouvernement d’Angela Merkel a finalement économisé près de 10 milliards d’euros. Toujours est-il que Paul Duan a récemment développé sa théorie face à François Hollande et Myriam El Khomri dans les bureaux du Palais de l’Élysée. Reste à savoir si les nouvelles technologies pourraient donc représenter un outil – ultime? – pour lutter contre les principaux maux sociaux.

D’autant que la science des données soulève des questions assez pointilleuses quant à l’emploi de toutes les informations personnelles qui seront recueillies. Dans quelle mesure la vie privée des individus demeurera respectée? Qu’est-ce qui pourrait empêcher, dans un futur proche, des entreprises comme Bayes Impact de vendre les contenus intimes inscrits dans leurs serveurs? Tout cela reste encore en suspens, mais il y a fort à parier qu’un nouveau business très juteux pourrait naître du Big Data et de ses dérives.

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Une réflexion sur “Vers la fin du chômage de masse?

  1. Sujet passionnant.
    Reste à présenter de manière plus fouillée la « philosophie » de Bayes Impact et surtout à discuter les enjeux d’un tel usage du Big data.
    Votre billet doit pour cela citer d’autres articles (regardez par exemple celui-ci) et dégager les notions importantes à interroger.

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