Devenu mème malgré lui

«Damn Daniel !» 

commente Joshua Holz, lycéen californien, en filmant les tenues vestimentaires de la semaine de son camarade de classe Daniel Lara, et en particulier ses Vans banches («Back at it again with the white Vans !»). L’exclamation résonne dans la tête de millions d’internautes depuis la publication de cette vidéo sur Twitter le 16 février dernier. Rien ne la destinait pourtant à provoquer un aussi gros buzz. Simple montage de vidéos Snapchat pour faire rire les amis, elle explose la Toile avec plus de 140 000 likes en seulement 4 jours sur le réseau social à l’oiseau et devient un véritable mème.

Damn Daniel

Souvent croisé sur les réseaux sociaux, un mème tel qu’il se définit est toutefois méconnu par la plupart d’entre nous. Né sous la plume de Richard Dawkins, biologiste et éthologiste britannique, dans son ouvrage Le Gène Egoïste (1976), le terme «mème» désigne à l’origine un gène qui code notre identité culturelle. Mélange entre les mots gène et mimesis signifiant «imitation» en grec, il se transmet de génération en génération et se soumet à des mutations. Le vocable a ensuite été repris pour révéler le phénomène internet que nous connaissons aujourd’hui caractérisé aussi par la transmission et la conversion. Un mème internet est en effet un élément, le plus souvent humoristique, diffusé au sein d’une communauté en ligne, chacun des membres de cette communauté pouvant se réapproprier l’objet et en créer sa propre version. Image, texte ou vidéo, les mèmes repris et déclinés en masse sur Internet peuvent atteindre une popularité mondiale en peu de temps. Leur recrudescence et leur impact les situent au cœur de notre culture web.

Vous avez probablement vous-même déjà rencontré ces photos ou ces vidéos détournées d’individus ou d’animaux. Prises hors contexte, modifiées et amplifiées, elles s’accompagnent d’une légende hilarante ou d’un son incongru. Ce sont des mèmes. Les Lolcats, photo d’un chat, mignon ou terrifiant, tout dépend, accompagnée d’une légende qui vous a fait sourire ou encore ces BD mal dessinées représentant des visages expressifs en sont des exemples probants. Si vous souhaitez en visualiser plus, les sites KnowYourMeme en anglais ou Memecenter en français s’ouvrent en un clic.

 

«Damn Daniel !» s’inscrit dans cette logique du mème. La vidéo, repérée dans la communauté des Twittos, a été reprise par différents internautes dans des parodies publiées en ligne. Ce sont d’ailleurs ces nombreuses reprises, souvent considérées bien plus cocasses que l’original, qui ont fait d’autant plus prospérer le phénomène sur les plateformes sociales. Des pages Facebook et de fausses annonces de ventes sur Ebay des fameuses Vans blanches de Daniel ont de ce fait participé à renforcer l’engouement de ceux qui comprenaient la référence.

Néanmoins cet exemple mérite nuance. Contrairement aux mèmes habituels, réservés en général à une audience limitée, la diffusion rapide de ce «Damn Daniel !» a touché de façon virale un large public en générant une notoriété inattendue en dehors des frontières d’Internet: la vidéo a aussi bien été relayée par les cybernautes que par les grands médias, laissant alors de côté son rôle de simple mème pour endosser celui de buzz médiatique. C’est ainsi que Daniel Lara, la star de la vidéo et son ami improvisé caméraman, Joshua Holz, ont pu assister en tant que guests au célèbre show d’Ellen Degeneres grâce à cet ingénu assemblage d’images filmées qu’ils n’espéraient pas devenir aussi célèbre.

Plusieurs marques en viennent même à surfer sur la vague de cette nouvelle popularité des baskets blanches, au point que certains se demandent s’il ne s’agirait pas d’un canular publicitaire depuis le départ.

Le buzz peut de la sorte paraître poussé à l’absurde, injustifié et arbitraire, le statut de mème restant plus acceptable que celui de buzz. Si certains ne cessent de répéter allègrement ce mémorable «Damn Daniel !», d’autres trouvent cette vidéo inconsistante et grotesque. L’enthousiasme pour certains phénomènes internet peut effectivement sembler bien mystérieux … Et vous, qu’en pensez vous ?

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Une réflexion sur “Devenu mème malgré lui

  1. Le thème du mème est intéressant (attention à bien mettre un accent grave), mais il faudrait développer un peu votre billet.
    Vous pourriez notamment souligner que l’exemple dont vous partez est à cheval entre le mème (en général réservée à une audience limitée d’initiés) et le buzz médiatique (qui passe par le relais des grands médias et touche une plus large audience). Dans le mème, c’est plutôt la clôture de la communauté et le système de références cryptée qui prévalent d’habitude. Cela permet de comprendre que propagation n’est pas toujours synonyme de grande audience…
    Et surtout, illustrez votre billet (on veut des lol cats…)

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