Immortalité virtuelle

Que deviennent nos données après notre mort ? Nos proches ont-ils la possibilité d’y accéder? Comment se déroule la succession digitale ? Des questions légitimes et nécessaires dans une société toujours en évolution et dont le numérique est omniprésent

Faire son deuil

La mort fait partie de notre vie quotidienne. Nous serons confrontés un jour à la perte d’un proche, d’un ami, d’une personne chère. Des cérémonies et des rituels permettent la transition afin d’accepter la mort d’une personne. L’avènement des nouvelles technologies de l’information et de la communication ont bouleversé la gestion de l’identité numérique après la mort. Il existe ainsi une multitude de possibilités pour préserver et entretenir un contact et une interaction avec le défunt pour lui rendre hommage. Certains choisiront d’alimenter le compte de la personne décédée  par le biais de photos, de laisser un message et des biens dématérialisés (bougies…) ou de créer un avatar permettant de communiquer. Ce qui apporte l’illusion que la personne est toujours présente. Supprimer alors le compte du défunt reviendrait à être confronté de nouveau à sa mort. Vanessa Lalo, psychologue spécialisée dans le numérique, explique que “Le Web représente en quelque sorte une allégorie de l’au-delà, on ne peut pas le toucher, ni le matérialiser. C’est un espace illimité, qui rend immortel : nous y survivrons tous après notre mort. Il y aura des traces.” Vanessa Lalo ajoute que “C’est assez similaire à la façon dont on pouvait vivre un décès avant. On n’a pas tous un autel funéraire pour se recueillir, le fait d’avoir un lieu numérique peut servir à ça”  

L’exemple le plus pertinent concerne la directrice des opérations de Facebook, Sheryl Sandberg. Elle rend hommage à son époux décède, Dave Godlberg, à plusieurs reprises sur son mur et invite également ses proches à partager et échanger de précieux souvenirs pendant le mois de sa mort en mai.     

La cultissime et visionnaire série britannique Black Mirror a traité dans un épisode le sujet. Cette série diffusée sur la chaine anglaise Channel 4 et sur France 4 en France analyse notre rapport aux nouvelles technologies et l’emprise que ces derniers ont sur nous. Le titre fait d’ailleurs référence aux écrans qui ont envahi notre quotidien.

Selon une étude de Entrustet, trois personnes inscritent sur Facebook meurent chaque minutes dans le monde. Les réseaux sociaux pourraient devenir des cimetières virtuelles. 

Ressusciter les morts

La start – up americaine Eterni.me propose de recréer virtuellement les personnes décédées par le biais d’un avatar virtuel. Les données que nous laissons chaque jours sur la toile seront collectées et analysées pour imiter la personnalité du défunt. De plus, les proches apporteront des informations complémentaires afin de créer un avatar virtuel capable de converser en ligne et de donner l’illusion que la personne décédée est toujours vivante.

Marius Ursache, co-fondateur du projet, a confié au magazine Wired :« Nous avons des réactions très variées, des félicitations aux messages de haine par mail. Et c’est normal, on touche à un sujet sensible. Mais il y a une constante : quasiment tout le monde s’accorde à dire que cela devait arriver un jour ». Au Parisien, il a expliqué la genèse de son idée : « A l’origine, nous ne ciblons même pas les proches des personnes décédées, mais plutôt ceux qui souhaitent préserver leur mémoire digitale pour leur famille et pour l’éternité ».

 

Christophe Fauré, psychiatre, explique dans le Parisien son désaccord : « Cette idée est complètement folle. Le processus de deuil va être complètement chamboulé. Que va-t-il se passer par exemples pour les parents qui viennent de perdre un enfant qui s’est suicidé ? Ils vont lui demander pourquoi par chat interposé… Qu’est-ce que l’ordinateur va bien pouvoir leur répondre ? »

Droit à la « mort numérique » : Gestion des décès sur les réseaux sociaux

Le profil du défunt continu d’être visible sur le Web et d’être référencé par les moteurs de recherches. Comment se protéger juridiquement et techniquement ? Peut-on supprimer, déférencé ou désindexer les données des personnes décédées ? En cas d’absence d’expression de la volonté du défunt, les héritiers peuvent être confrontés à des difficultés juridiques. La CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) permet de protéger les données personnelles. « Sur le plan de la loi Informatique et Libertés, les droits d’accès, de modification, et de suppression prévus par la loi sont des droits personnels qui s’éteignent à la mort de la personne concernée. La loi ne prévoit pas la transmission des droits du défunt aux héritiers : un héritier ne peut donc pas, sur le fondement de la loi Informatique et Libertés, avoir accès aux données d’un défunt. La loi autorise toutefois les héritiers à entreprendre des démarches pour mettre à jour les informations concernant le défunt. »

En janvier 2016, Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargé du numérique, a proposé un projet de loi : Le droit à la «mort numérique». Ce droit permet d’organiser de son vivant « les conditions de conservation et de communication de ses données à caractère personnel après son décès. Les députés ont, de plus, adopté un amendement de Lionel Tardy (Les Républicains), qui détaille les droits des héritiers. Celui-ci permet un droit d’accès pour des raisons successorales et un droit de suppression des comptes du défunt sur les réseaux sociaux. »

http://www.francetvinfo.fr/france/droit-a-l-oubli-bientot-une-loi-pour-encadrer-la-mort-numerique_1154769.html

Depuis 2014, les proches ont la possibilité de supprimer le compte de la personne défunte ou que le profil devienne un compte de “commémoration” sur Facebook en justifiant du décès par un certificat officiel tout en prenant en considération que de nombreux utilisateurs s’inscrivent sous un pseudonyme. Google a également pris des dispositions similaires à Facebook.

Il semble néammoins plus judicieux de proposer dès l’inscription une option permettant de décider de la vie du compte après sa mort et de transmettre un testament numérique à ses proches.

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